Fitzwilliam String Quartet - Bruckner: Quintet & Quartet - Crescendo

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 9 

La grande majorité des amateurs ne connaissent Anton Bruckner qu'à travers ses neuf symphonies, et plus particulièrement les six dernières, et ses musiques sacrées parmi lesquelles se détache son Te Deum, une de ses œuvres les plus monumentales composée entre 1881 et 1884. Mais le plus souvent, ils ignorent qu'il a également écrit de la musique de chambre et qu'en ce domaine, il a donné un quintette à cordes d'une richesse exceptionnelle, le Quintette en fa majeur, qu'il n'est pas exagéré de considérer comme un des plus beaux du répertoire. Il date de 1879 et dure plus de quarante minutes, ce qui est très long. Les analystes ont avancé qu'il prenait la suite des derniers quatuors de Beethoven et que, par la hardiesse de son inspiration et de sa facture, il annonçait ceux de Claude Debussy et de Maurice Ravel. Dans sa belle étude sur Anton Bruckner parue en 1942 à La Baconnière à Neuchâtel, l'écrivain et journaliste suisse d'origine française (malgré son nom flamand) Léon Van Vassenhove écrira d'ailleurs que l'adagio de ceQuintette « restera un des sommets de la musique de chambre ». En l'écoutant, on est, de fait, saisi d'émotion et, en même temps, frappé par les intenses lignes harmoniques qu'Anton Bruckner réussit à déployer tout au long de ce mouvement (le troisième) et qui rappellent un peu celles du début de la Neuvième symphonie. L'interprétation qu'en donne ici le Fitzwilliam String Quartet, avec l'altiste James Boyd, est tout intériorisée, à la fois pleine de retenue et riche de sonorités expressives. Et c'est la retenue qui caractérise aussi l'exécution du Quatuor en ut mineur qu'Anton Bruckner a composé en 1862, c'est-à-dire de l'époque où il s'est intéressé de près à l'école polyphonique italienne et aux maîtres de la polyphonie allemande, quand bien même il y va là d'une œuvre secondaire et, somme toute, assez académique. Deux beaux témoignages de musique pure jaillie de l'imagination d'un artiste, dont les imperfections formelles - étonnant paradoxe - confinent presque toujours à la beauté. 

Crescendo
19 November 2015