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Ann Murray - Brahms & Schumann: Lieder - Crescendo

Son 9 - Livret 8 - Répertoire 9 - Interprétation 10

Subtilité et émotion

Assez joli programme, mais pas très bien ficelé : de Schumann et intégralement les opus 135 (« Gedichte der Königin Marie Stuart ») et 98 ( « Lieder und Gesänga aus « Wilhelm Meister » ). Tout le reste, Brahms compris, butinant à droite et à gauche pour arriver à 64 minutes de concert sans que la présentation poussive (relations de Schumann et Brahms par exemple) ne justifie les choix faits ici.

Originaire de Dublin la mezzo-soprano Ann Murray a accompli une belle carrière dans l'opéra (« Xerxes », « Ariodante » de Haendel, « Maria Stuarda » de Donizetti, les opéras de Mozart entre autres). Aujourd'hui, elle se tourne davantage vers le Lied : l'excellence de sa prononciation allemande jointe à une très fine sensibilité et à une remarquable diction soutenue par un souffle très bien conduit, un timbre clair, homogène nuancé jouant de facettes des plus ténues aux plus mordorées, donnent à ses enregistrements - à celui-ci notamment- une indéniable qualité, une richesse esthétique autant qu'émouvante. On le perçoit avec plaisir dans les deux grands cycles schumanniens, l'opus 98 s'annexant les beautés ambiguës et mélancoliques de la poésie de Goethe qu'il magnifie, humanise et prolonge - Des pages de Schumann « parmi les plus ambitieuses et risquées » selon la musicologue Brigitte François-Sappey ! Avec son timbre chaud et clair, son émotion réelle, sa superbe compréhension du cycle, Ann Murray secondée par des voix masculines qui alternent (Benjamin Appl, John Mark Ainsley, Jonhny Langridge) et la rejoignent plus tard en duos, nous livre une intéressante traduction musicale de la fascinante pensée goethéenne. Soutenue efficacement par le piano de Malcolm Martineau, présent et dramatique, il en va de même avec l'opus 135 sur des poème traditionnellement attribués, en partie, à la malheureuse reine Marie Stuart. Ce bouleversant cycle « féminin » (déjà enregistré par maintes interprètes de haut vol dont la touchante Bernarda Fink) nous empoigne encore une fois - presqu'insupportable tant la beauté de cette déploration, son engagement esthétique et religieux plongent en nous devenant témoins inopérants de destins qui nous dépassent. Les autres duos et mélodies de Schumann comme les Lieder de Brahms sont traités avec la même délicatesse et la même qualité renouvelant l'approche des plus connus tel « Dein Blaues Auge » ou le célèbre « Wiegenlied » conclusif de Brahms qui semble nous bercer dans les bras de mystérieuses fées.

Crescendo
31 August 2015